Pokémon Go : Et si on était content de voir les gens heureux ?

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Je me vois, petit, devant ma télé cathodique, avec les jambes qui touchent pas terre quand je suis assis sur le canapé, en train de déguster mes chocapics matinaux. Je suis tout content parce qu’à la télé il y a une pelletée de dessins animés. Entre deux schrountch schrountch de mastiquage chocolaté, il y a une annonce qui me fait trépigner : « Tout de suite sur Tfou c’est Pokémon ! » Oui, quand on est petit il nous en faut peu.

Maintenant j’ai 28 ans, je bois du café et le matin je me fais abrutir par « Il y a eu un attentat suicide à tel endroit ». Autant dire que niveau bonheur on a largement perdu. Seulement j’ai à ma disposition un téléphone portable. Je tweete, j’envoie des mails, des SMS. Mais depuis hier, j’ai téléchargé l’appli « Pokémon Go ».

Pokémon Go, c’est un moyen de me remettre les larmes aux yeux en pensant à mon enfance heureuse, en contraste direct avec ma vie d’adulte aussi fun que de skier sur des galets sous la grêle. En voyant la bande annonce (VISIBLE ICI), j’ai trépigné avec ma tartine de confiture d’abricots (ouais je suis gourmet maintenant).  On allait nous promettre de se balader dans la vraie vie et de croiser des petites bêtes virtuelles pour les capturer. J’allais forcément avoir l’air très intelligent devant mon smartphone mais je sentais à nouveau ce petit goût de chocapic dans ma bouche et surtout, du bonheur.

Dimanche dans la fin de matinée, je me réveille, l’épi au rendez-vous, et vais prendre le petit déjeuner. Sur mon téléphone, des tas de messages et SMS. Plus que pour mon anniversaire. J’espère qu’il n’est rien arrivé…et soudain « Pokémon Go est maintenant disponible sur votre mobile ».

Je fais mon ménage à fond comme tous les dimanches, et laisse mon portable se recharger à bloc (l’appli consomme beaucoup). Avant de sortir, je crée mon personnage dans l’appli, et boum, un salamèche apparaît dans ma chambre. Un salamèche c’est une salamandre, avec une queue en feu. Logique. J’appuie en bas de l’écran sur la pokéball (une capsule bicolore pour capturer les pokémons), et la lance d’un geste vers le haut de l’écran en plein sur la tite bestiole.  Elle est aspirée dans un rayon lumineux, et après quelques petits mouvements de la ball, est capturée. C’est mon « starter », mon premier pokémon. Tout de suite après je me fais assaillir, encore chez moi, par d’autres bestioles, que j’ajoute à ma collection.

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Dehors, les gens sont principalement en train de jouer. Par petits groupes, de jeunes, de vieux, de femmes, d’hommes, certains promènent leur chien, d’autres sont en rollers, en vélo…les chaînes info se félicitaient de voir les « geeks » sortir mais là c’est même surprenant pour moi.

Ils sont séparés en trois équipes virtuelles. La team Valor (rouge), la team Mystic (bleue) et la team Instinct (jaune) – la mienne. En sortant du tram en centre ville, je constate que sur la carte (de Bordeaux, toutes les villes où vous pouvez vous trouver sont géolocalisées et remplies de trucs à faire), je suis près d’un « pokéstop ».

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C’est un endroit, devant un monument ou un point d’intérêt de votre ville, que vous allez devoir localiser pour faire glisser vos doigts sur un genre de roulette et obtenir divers objets. Découvrir sa ville devient vraiment amusant, car on apprend même des choses. Tiens, une sculpture cachée derrière une fontaine, un parc avec une espèce de fleurs bien particulière, là c’est une maison à architecture non visible de la rue… Sans oublier que pendant ce temps, vous voyez apparaître autour de vous des pokémons que vous pouvez capturer. Pendant que je prenais une ancienne pompe a essence pour cible de pokéstop, mon téléphone vibre, des ados courent dans la rue. « Il est là ! » Et ils se mettent à lancer des pokéballs sur quelque chose. Subitement moi aussi je l’ai sur mon portable. Un insécateur, sorte de mante religieuse aux patounes tranchantes. Hop, capturé.

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Plus loin je découvre une plaque sur un mur d’une habitation historique de ma ville, après avoir ragé comme pas permis contre un pokémon volant qui se foutait bien de moi en esquivant toutes mes balls. Une dizaine de jeunes partent subitement en courant en lançant un « Il est au jardin public ! ». Les policiers en arme mettent la main au holster, croyant qu’ils fuient un danger. Un des jeunes les salue et leur dit « On a un ronflex là bas ! » Un ronflex, c’est comme un gros ours de manga, qui a l’habitude de dormir et de peser très lourd, d’où son nom. Il est assez rare, et peut « dépopper » (disparaître) à tout moment. Il fait trop chaud pour moi pour courir.

Je continue mon expédition, croisant des gens de tous horizons qui font un petit geste de la tête quand on comprend ce que l’on fait la même chose. Il y a des médecins, une chercheuse en sciences du comportement, un géologue, des touristes, un étudiant, des lycéens, des mères de famille, des enfants…même des retraités, heureux comme tout.  Ca fait chaud au cœur de voir les gens heureux et dehors, en groupe et sans préjugés.

Au bout d’un moment, je commence à avoir bien mal aux jambes. Je regarde l’heure, ça fait quatre heures que je me balade dans Bordeaux. J’ai fait 22 kilomètres à pied, et ai découvert une bonne dizaine de nouvelles choses dans ma ville. C’est assez amusant. Alors que je rentre chez moi je récupère encore quelques pokémons, et passe devant le jardin public de Bordeaux. Noir de monde. Mais vraiment. Des gens de partout, avec leur portable aussi, en train de remplir la zone de leurres, des objets permettant, sur un pokéstop (vous savez déjà ce que c’est) d’attirer les pokémons. Du coup, au vu de la concentration sur les lieux, ça pullule. Le long des grilles, mon téléphone vibre huit fois. Je capture un nonoeuf (un groupe d’oeufs) et d’autres bestioles. Une personne âgée et une petite fille sont près d’un arrêt de bus et me regardent. La petite fille me demande alors de l’aider à capturer un Roucool, un pigeon évoluant plus tard en un Roucoups, puis un Roucarnage, un pokémon mythique pour les joueurs sur Game Boy à l’époque. Elle sautille de joie en montrant à sa grand mère le Pokédex (encyclopédie virtuelle des pokémons capturés) avec le Roucool attrapé. Elle me serre de toutes ses forces et monte dans le bus. Je suis heureux également.

En rentrant chez moi, j’ai les mollets qui piquent méchamment. J’ai pris quelques coups de soleil et j’ai grand soif. Mais je suis retombé en enfance une après midi. Le soir je regarde de temps en temps de chez moi la zone. Un peu plus loin, des joueurs se disputent l’arène (lieu où se combattent les pokémons des joueurs pour établir la dominance de son équipe) du quartier. Alors que je fais ma sauce pour ma batavia et mes tomates avec des herbes, un pikachu apparaît dans mon salon.

Le lendemain, après une nuit à dormir comme une pierre à cause de la marche, je me balade. Un papy amusé de me voir pianoter regarde avec attention le Papillusion (papillon violet) qui volette devant moi en réalité virtuelle. Il me dit « ça par exemple ! Je ne le voyais pas ! » on rigole, et il me regarde l’attraper. Il est captivé sans tomber dans la vieille rengaine du « à mon époque on avait seulement une orange à Noël ».

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Je suis ensuite repassé dans le jardin public pour poser mes jolies petites fesses musclées dans l’herbe, et profiter des leurres lancés par les autres joueurs. Les pokémons sortent de partout et sont bien coriaces. mais je remplis encore mon sac de bestioles.

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Que dire après deux jours de participation ? Que le jeu est, comme l’annoncent les créateurs de l’appli, encore qu’à 10 % de ses capacités. Il y a encore bien plus de pokémons à ajouter, un système bien plus poussé à ajouter pour les combats et pourquoi pas des échanges. Bref, de quoi entretenir la « hype » et éviter que les gens ne se lassent. Les gens, d’ailleurs. Il y en a trois types. Les joueurs, qui courent dès qu’ils apprennent qu’un pokémon rare est disponible dans le coin,  qui rigolent et qui apprennent à s’entraider, les gens qui voient ça de loin en se demandant ce qui se passe mais qui sont quand même content de voir des gens amusés. Et la dernière catégorie, celle des « péteurs plus haut que leur cul » qui voient dans une technologie qui leur échappe, une mauvaise chose et se prennent pour de mauvais philosophes type BHL à développer des critiques stériles et inutiles sur « gnagnagna ils communiquent pas, et en plus il rigolent c’est pas bien ».

Oui c’est un passe temps vidéoludique, vous prenez ça pour un truc de gamin ? Venez à la maison, j’ai grandi avec Pokémon mais mes étagères sont pleines de bouquins. Je suis persuadé qu’il ne me faut pas trente plombes pour allumer une télé et que je sais faire autre chose que de marteler aux autres que « oui nous sommes dans une période sombre, la jeunesse doit faire face ». D’une, la jeunesse n’a pas attendu pour s’amuser, relever la tête et profiter du moment présent, et de deux, les gens sont heureux, sont ensemble, fraternisent et SORTENT. Pourquoi vous avez ce besoin de l’ouvrir pour casser ce moment ? Ca ne vous plaît pas, ok, c’est votre choix, mais ne venez pas cancaner pour en plus rabaisser les gens qui sont heureux.

Dans mon quartier, tous les jeunes et les moins jeunes se retrouvent et font des trucs ensemble. Bon, ok c’est encore au stade de « n*que sa mère y’a un pokémon là bas wesh » mais ils ne « s’ennuient » plus. Ils partent en vadrouille, c’est la première fois que le quartier est aussi calme, un vrai miracle.

Donc si l’envie vous prend d’aller gueuler contre des gens heureux ou lever les yeux au ciel parce qu’encore une fois vous vous sentez supérieur ou exclu de ce phénomène, très bien, mais allez gueuler dans votre groupe à vous, pas dans les nôtres. Laissez nous la joie et l’allégresse. Gardez l’aigreur et votre compétition interminable de « c’est qui qui a la plus longue ».

En attendant je suis heureux de voir des gens de tous âges et horizons rire s’amuser et partager. Il y a même des touristes qui viennent parler en anglais aux autres, c’est amusant. Et il y a même des couples qui se forment. Il serait bête de se dire que « c’est un truc de geek ». Parce que les geeks ne sont pas des terroristes, ce sont juste des gens qui eux ont pour cette fois trouvé comment s’amuser de manière légère. Et par les temps qui courent, c’est déjà pas si mal !

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Un Eire de fête

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J’avoue tout. J’avoue que j’ai copieusement tapé avec un bâton l’organisation de l’Euro 2016 à Bordeaux. Mais aujourd’hui je revois bien volontiers ma copie tant j’ai été subjugué par ce que la compétition a – pour le moment – offert à Bordeaux, même si on va sûrement déguster niveau impôts dans pas longtemps à cause de ça.

Déjà je me suis grandement félicité de vivre à Bordeaux et pas à Marseille. Point de hooligans « chez nous », qui se mêlent aux supporters de l’équipe locale pour provoquer des débordements. Non ici c’était ambiance chansons et déguisements https://twitter.com/Corktod/status/744278578397863936/video/1, gentillesse et humanité https://twitter.com/QSalinier/status/743900875706482688/video/1. Les supporters gallois, slovaques, autrichiens, hongrois, belges et irlandais ont été des vraies crèmes aux œufs. Surtout les gallois, belges et irlandais. Que ce soit dans le ramassage des déchets après les milliers de litres de bières et autres spiritueux descendus, des séances de danses improvisées en centre ville https://twitter.com/bendardenne/status/744252088977362944/video/1, les applaudissements au passage d’un mariage de bordelais, arrêt d’un convoi pour faire traverser une vieille dame, dons de maillots et accessoires à un jeune enfant handicapé qui passait par là, organisation d’un match sur une place de Bordeaux…tout était à la fête.

Les supporters irlandais sont même allés jusqu’à « bloquer » le tunnel entre Mériadeck et le palais de justice en chantant, dans une ambiance très bon enfant, avant que la Police vienne à quelques voitures les déloger gentiment. S’en est suivi une séquence incroyable. La grosse centaine de supporters s’est mise à chanter en l’honneur des agents des forces de l’ordre venus leur demander d’aller mettre l’ambiance ailleurs, pour permettre le déblocage du tram. La situation aurait pu dégénérer, pour le plus grand plaisir de la petite dizaine de pourcents de la population française leur crachant dessus depuis des semaines, mais les agents dégainèrent les smartphones pour immortaliser la centaine de loustics sautillant devant eux, avant même de chanter pour leur demander de sortir du tunnel, tout cela avant que la joyeuse bande ne fasse un accueil tonitruant au tram passant près d’eux. A voir AS-SO-LU-MENT https://www.youtube.com/watch?v=O_hTjzsp3qs

Plus tard des supporters ont chanté une berceuse pour un enfant dans le tram (https://www.youtube.com/watch?v=5_Bp7vWvN1c), aidé un cycliste à passer la marée verte devant un pub en le portant avec sa monture au dessus de tous (https://www.youtube.com/watch?v=HAYikcr7lng), on ne compte plus les gentilles démonstrations faites par ces supporters. Ailleurs en France, ces mêmes irlandais changent la roue d’un couple de retraités, acclament une personne arrivant sur son balcon pour voir ce qu’il se passe dehors, partagent leur pique nique géant avec des jeunes de passage, ou se prosternent devant une boulangerie en criant « LE BAGUETTE LE BAGUETTE »…

Aujourd’hui les supporters sont partis, ou presque. Les matchs à enjeux lors de la phase de poules étant quasiment terminés, il ne reste plus que quelques irréductibles, en plus des supporters espagnols et croates pour le match de mardi prochain à Bordeaux. Et ce n’est pas du tout la même ambiance, certains supporters espagnols se comportant comme de gros beaufs en sifflant les jeunes filles en robe ou refusant catégoriquement une accolade avec un autre supporter d’une équipe adverse, parce qu’il n’a pas le maillot espagnol. Les policiers eux craignent les croates, mais je n’en ai vu qu’une dizaine dans le centre. Mais cela reste toujours sympa de voir quelques couleurs dans la ville, même si malheureusement les mauvaises habitudes reprennent leur cours, avec notamment ce dimanche des « supporters » français huant leurs collègues suisses.

Même les commerçants sont heureux de leur nouvelle clientèle sportive, bien évidemment pour leur chiffre d’affaire qui explose comme pas permis, mais aussi pour la mentalité de cette clientèle venue de l’étranger. Ils déplorent d’ailleurs le redéploiement d’une multitude de marginaux dans tout le centre, ceux là même qui invectivent les policiers en les traitant, et qui ont l’alcool très mauvais, contrairement à des supporters qui l’ont chantant. Le fait aussi qu’ils aient des crans d’arrêt dans leurs poches n’inquiète personne.

Après, si il y avait quelque chose à redire sur l’organisation, ce serait les transports. Déjà engorgés comme par permis en temps normal, le combo grèves et milliers de supporters a mis à mal l’offre étudiée sur Bordeaux. Sans compter que des centaines de supporters bien bâtis sautant dans les rames ça fait couper les trams. Reste que les médias étrangers et les supporters n’en garderont pas un très bon souvenir.

Après dans quelques jours Bordeaux accueillera un quart de finale. Probablement un Allemagne/Italie d’ailleurs. Ca risque d’être amusant. Mais après, le vide se fera ressentir, parce que la bonne humeur des supporters camouflait pas mal la morosité ambiante. Et quand on rentre dans un tram où tout le monde s’épie du coin de l’oeil, en sentant très mauvais, ben c’est pas pareil.

Revenez, Gallois, Irlandais…revenez nous mettre de la musique et de la joie par cartons. Promis, on vous laissera danser nus dans la fontaine place de la bourse si vous êtes sages.

Espérons que l’Euro 2016 n’ait pas le goût de renvoi.

PAAUxYY

C’est donc très proche. Le 10 juin prochain sera lancé l’Euro 2016 de foot. C’est comme une mini coupe du monde, mais pour l’Europe – plus ou moins. Ça a aussi lieu tous les quatre ans, et cette année, le nombre d’équipes participantes a été augmenté, et ça a lieu dans toute la France.

Soyons clairs. Je ne regarde le foot que quand c’est la coupe du monde. Et encore, quand ce sont de vraies équipes qui jouent. Les petites généralement, celles qui mouillent le maillot et ne passent pas leur temps dans la presse people ou celle à scandale, à pavaner avec leurs millions. Quand j’ai appris que l’Euro 2016 ouvrait ses portes à plus d’équipes, tous les commentateurs se sont mis à geindre de voir figurer dans le lot l’arrivée d’équipes peu communes, comme l’Irlande du Nord ou la Slovaquie. « Qu’est-ce qu’on en a à branler du pays de Galles ? » me susurrait avec une haleine de poney le voisin du quatrième qui lui attend Croatie – Espagne à Bordeaux pour aller meugler dans le Nouveau Stade de Bordeaux avec des potes à lui. N’empêche, c’est sympa les petites équipes.

Et donc à Bordeaux, où j’habite, ainsi que dans plusieurs autres villes de France, les matchs prendront place durant 30 jours. Ca commence à se sentir. Les grands axes seront soumis à des bouclages, les transports ont été couverts de stickers informatifs, pour que les milliers de touristes ne soient pas paumés dans les trams blindés, la « fan zone » ultra sécurisée pour 60 000 (!!!) personnes est en train d’être construite sur la place des Quinconces (plus grande place d’Europe), ça sent la fête et surtout les emmerdes pour pas mal de monde, notamment les gens qui travailleront dans les secteurs bouclés plusieurs heures avant ET après.

Car beaucoup de points noirs vont encrasser ce beau dispositif.

D’une, le budget. Evalué à 4.7 millions d’euros (vous avez bien lu) pour Bordeaux, selon le maire Alain Juppé, et réévalué à 10.5 millions d’euros par Mathieu Rouveyre (élu socialiste d’opposition), financé à 50 % par de l’argent public, il devait n’être au départ « que » de 3.5 millions avant de finalement être projeté à 5.4 millions (source 20Minutes du 30/05/16). Même si l’UEFA ( la structure organisationnelle du foot européen) va mettre la patoune à la poche, il faudra aussi demander à la région de participer… Ca me semble complètement démentiel pour un tournoi de foot. Surtout si on multiplie les coûts par le nombre de villes, dans une société française grevée par les impôts et le déficit, et où de plus en plus de gens se gavent de pâtes car n’ont pas les moyens de manger autre chose.

Il y a aussi, et on ne peut la dissimuler, la menace terroriste. On sait la propension qu’à Daesh et autres illuminés du rectum à cibler les grands évènements, et surtout ceux à forte visibilité. Le fait de concentrer 60 000 personnes sur une place, et 40 000 dans le stade de Bordeaux pourrait faire craindre le pire. Pourtant, 24 % des personnes interrogées par Odoxa pour 20Minutes (30/05/16) redoutent l’acte terroriste. 39 % redoutent les « incivilités commises par des délinquants ». C’est vrai que c’est fortement probable, certains ayant déjà commencé à démonter des trucs dans mon quartier. Plus surprenant, 71 % des personnes estiment que les lieux sont bien sécurisés.

Outre le fait que passer plusieurs portiques, palpations, ne pas avoir droit à de l’eau en plein soleil dans le sud ouest, pas d’objets en verre comme des biberons, pas de sacs, et autres, rend l’expérience déjà malaisante, mais estimer être « à l’abri » est quand même assez prétentieux. Malgré les drones, les gardes de sécurité, armés ou non, les caméras, les patrouilles, les renforts, les grillages, et autres joyeusetés, quid du mouvement de foule suite à un pétard, du type qui aura un truc caché je ne sais où, ou même d’un objet lancé par dessus les barricades ? On disait « inviolable » la sécurité du match à Paris il y a quelques jours, ce qui n’a pas empêché des supporters marseillais de faire pénétrer dans l’enceinte du stade des objets contendants et de mettre le feu aux sièges. Le système n’est donc pas sûr à 100 % mais aura peut être le bénéfice de dissuader le guignol mal assuré de rentrer faire son action délétère à la bonne ambiance qu’il devrait y avoir.

En tout à Bordeaux, il y aura 5 matchs. Pays de Galles/Slovaquie le 11 juin, Autriche/Hongrie le 14/06, Belgique/Irlande le 18/06, Croatie/Espagne le 21/06, et un quart de finale entre le gagnant du match 41 et celui du match 43. Autant les deux premiers ne seront que peu suivis, les deux suivants seront à surveiller. Un policier, qui tient à rester anonyme, me confiait il y a quelques jours qu’il craignait vraiment les supporters irlandais, et le match Croatie/Espagne. « Ce sont de grandes rencontres, et ça veut dire beaucoup de mouvements de foules, composées de supporters lambdas, mais aussi beaucoup de supporters avec qui ça peut vite dégénérer. Encore heureux que nous n’ayons (à Bordeaux) pas de grosses équipes nationales qui se déplacent (l’Espagne appréciera), parce que l’Etat d’urgence est déjà intenable, alors avec ça en plus… »

C’est vrai que quand il y a des matchs « classiques » au stade de Bordeaux nouvellement construit, ça beugle dans les rues, parfois ça casse, et c’est triste. Quand le stade sera plein, les transports bondés de supporters chauffés à blanc, souvent « décontractés », ça peut déborder. Déjà que prendre le tram tard le soir dans le coin c’est aimer les situations inattendues et être le seul corniaud à valider, mais alors là ça va être savoureux.

C’est aussi le moment où surgissent des personnes dont tu n’avais pas entendu parler depuis des années qui apprennent que tu habites près du stade et qui prennent bien soudainement de tes nouvelles. Mentez pas, bande de profiteurs, tout le monde sait que les hébergements, tant à l’hôtel que chez les particuliers, ont vu leur prix s’envoler comme le nombre de personnes insatisfaites du gouvernement, et que vous êtes même prêts à venir cirer les chaussures d’anciennes « connaissances » pour tenter de grappiller une nuitée sur mon chouette canapé qui se déplie du futur. Que nenni. Les jours de matchs je serais chez moi, allongé sur ma méridienne, peut être à regarder, ou non, le match, mais pas du tout disposé à vous voir juste une soirée avant de ne plus jamais voir votre ganache.

Je sais je suis pessimiste. Dans mon supermarché du quartier, qui a ses rayons quasi vides en fin de journée à cause d’une très mauvaise organisation, les gens prévoient déjà de faire le plein de pizzas et autres sodas ou boissons alcoolisées. Dernièrement un type a voulu mettre un pain à un autre qui voulait prendre la dernière pizza quatre fromages parce que « la vie de ma mère j’te plante lâche ça cousin ». J’ai juste attendu que l’employée du rayon soupire et aille en remettre une pleine pile pour me servir. Mais je ferais mes stocks si besoin AVANT que tout débute. Oubliez aussi les livreurs et les points de fast food, tout sera surbooké pendant la compétition.

Oubliée la magie de la Coupe du Monde 98 où, les petites fesses posées sur le béton froid du camping où j’étais avec mes parents, je regardais avec attention la petite télé cathodique de la salle de divertissement, un Candy up dans la patoune, que je sirotais avidemment. Pas de risque d’attentat, pas de gens complètement déglingués, une autre ambiance, c’était alors celle des compétitions que j’aimais étant petit, celles qui transpiraient l’amour du foot qu’avait tenté de me communiquer mon père. Celle des klaxons après une victoire, et pas de feux de poubelles ou de batailles rangées entre supporters. Où les victoires se remportaient avec grandeur et fierté, se méritaient, où on ne pétait pas plus haut que son séant après avoir battu une petite équipe en agitant ses drapeaux.

Espérons que tout se passe bien, et que les gens soient heureux d’avoir parfois parcouru des centaines de kilomètres pour voir jouer des matchs. Et rappelez vous, avant d’acheter des télés hors de prix « parce que c’est de l’ultra HD c’est beau » que très très peu de programmes et chaînes ne l’exploitent. Ne vous faites pas avoir 😉

Chuck, espion malgré lui

BVJEsby

Je suis un peu le saint bernard des séries dont tout le monde ignore l’existence, ou n’a presque jamais entendu parler. Régulièrement, j’essaie de prêcher la bonne parole, entre les meutes de fans de The Walking Dead, Game Of Thrones ou autres religi…grosses séries où on aime guerroyer contre les spoilers, où on aime se gonfler le poitrail en exposant ses théories et où on peut carrément voir des amitiés se jouer au fil des saisons entre différents amateurs.

Perso je suis plus fan des séries « coup de cœur ». Autrement dit, les séries qui galèrent, qui ont du mal où qui n’intéressent pas grand monde mais qui ont un vrai potentiel. Si je vous parle de Chuck, vous me dites ? Non, pas Norris, bande de coquinous de la zapette.

Chuck est une série en 5 saisons diffusée entre 2007 et 2012. Elle met en scène Chuck (Zachary Levi), un informaticien travaillant au « Buy More », un grand magasin d’électroménager (sorte de Darty). Son quotidien est banal, routinier. Il vit dans une belle maison avec sa soeur, Ellie (Sarah Lancaster) et son beau frère « Captain trop top » (Ryan McPartlin). Tous deux sont médecins et mènent une vie beaucoup plus intéressante que Chuck. Le pauvre (mais adorable) informaticien a été éjecté de Standford, prestigieuse école américaine, pour des copies d’examen dissimulées, par son ancien ami Bryce Larkin, même si il a toujours clamé son innocence. Il a pour soutien un petit bonhomme barbu, Morgan (Joshua Gomez, excellent dans ce rôle), qui est son meilleur ami depuis tout petit, et qui travaille avec lui.

Un jour, Chuck reçoit un mail de cet ami qui l’a fait virer de l’université, Bryce Larkin. Curieux, il l’ouvre, et après quelques minutes, un tas d’images cryptées se succèdent à un rythme effréné sur son écran. Il les scrute, comme hypnotisé, avant de s’écrouler au sol. Sans le savoir, il vient de visionner et d’incruster dans son esprit, l’Intersect (Intersecret en France, le pays des traductions moisies), soit toutes les données les plus importantes de son pays. Dorénavant, dès qu’il regarde un criminel dans la rue, son esprit lui envoie le casier, l’image, des documents, directement. Ca lui donne l’air particulièrement idiot, comme si il allait éternuer, mais c’est une super ressource. Assez pour qu’un tas de super méchants veuillent en faire « l’acquisition ».

La NSA envoie alors son meilleur agent, le colosse John Casey (Adam Baldwin), qui représente le plus clairement l’expression « Tirer d’abord, parler après ». La CIA n’est pas en reste car l’agence envoie sa super espionne Sarah Walker (la sublime Yvonne Strahovski). Les deux compères vont devoir bon gré mal gré protéger « l’atout » que représente Chuck, durant des missions périlleuses et souvent dangereuses, en gardant leur couverture, Sarah se faisant passer pour sa petite amie, et Casey pour un employé du magasin où il travaille.

Oui le pitch est simple. On s’attend à une série popcorn entre deux téléfilms pourris de l’après midi. Mais quand je me suis penché sur cette série, il s’est passé un truc génial : j’y ai trouvé une âme.

Car oui, on s’attache vraiment à Chuck, le pauvre héros malgré lui, obligé de mentir sur son « secret » mais aussi obligé de participer, de se mettre en danger et de se dépasser dans les missions. Mais on s’attache aussi aux autres personnages, véritable spectre de ce qui manque dans les autres séries. Une vraie famille, Morgan qui fait l’idiot sans cesse, sans compter Jeff et Lester, deux employés complètement barrés de « Buy More », et Big Mike, le chef, amateur de donuts, avec un esturgeon collé au dessus de son bureau.

La série a aussi l’idée très heureuse de faire évoluer les intrigues et les personnages. Je ne vais rien spoiler mais vous doutez bien que Chuck évolue lui aussi, utilisant ses « flashs » (les moments où son « intersect » lui envoie les infos) pour se défendre en acquérant de nouvelles capacités. On a vraiment l’impression d’une série feel good, avec ses arcs scénaristiques, ses dramas et ses cliffhangers, mais avec toujours sa façon bien particulière de traiter les évènements.

Une flopée de « special guest stars » se sont également succédées comme Olivia Munn, Timothy Dalton, Carrie-Anne Moss, Jordana Brewster, Scott Bakula…et ont aidé la série à ne pas crever rapidement aux Etats Unis où les spectateurs étaient assez frileux. Les fans ont du se mobiliser pour prouver à la chaîne que Chuck devait vivre, et cela à marché à plusieurs reprises, même si la saison 5, l’ultime saison, tient plus du calvaire que de la conclusion que l’on aurait pu espérer trouver à la série.

Pourquoi s’intéresser à cette série ? Parce qu’elle n’est pas prise de tête. Elle est de ces séries où on ne sort pas l’esprit embrumé ou en roupillant sur le canapé. Ok, elle est parfois farfelue, mais on s’attache très vite à cette fine équipe qui se retrouve dans des situations impossibles. Et c’est aussi une série qui peut se binge watcher sans crainte ni sentiment de lassitude, même si elle a été éjectée de Netflix en France (pourquoi d’ailleurs…). Alors si vous avez quelques jours et envie de découvrir une série feel good, n’hésitez plus 😉

Regardez ici le trailer de la saison 1

 

Reparler du 13/11 ? Pas bien M6 !

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La semaine dernière je me tapais la plus désagréable expérience de 2016. Un mélange des symptômes de la grippe, de la gastro et de la laryngite. Plus de 39.5 de fièvre et une forte propension à dormir debout en toussant comme un pesteux à travers mon appartement en ne me nourrissant que de liquides. La joie complète d’avoir la tête dans la brume et de s’endormir comme une petite chose fragile sur le canapé, se réveiller en pleine nuit, tousser et se rendormir.

Autant j’avais l’impression d’avoir la tête dans un étau à ce moment, autant après être guéri, regarder la soirée documentaire d’M6 m’a donné l’impression d’avoir du gravier dans le fondement. La soirée avait pour sujet un « Zone Interdite » sur les attentats du 13/11 à Paris, suivi d’un « Enquête Exclusive » sur Molenbeek, le plus belge des coins à djihadistes.

Oui, j’ai hésité à regarder. En voyant la bande annonce, j’étais pas top top (relisez mon article Fluctuat Nec Mergitur). Pourtant, après un dîner sympathique et un appart qui sentait bon et qui était tout propre, je me suis mis sur la méridienne et j’ai commencé à regarder.

Bon point, le documentaire, évidemment glaçant, n’est pas (trop) dans le sensationnalisme. Ici, pas de plans à la Michael Bay, pas de reproductions « en réel », tout est fait avec des maquettes 3D et des plans neutres. C’est assez bien fait, et c’est tout aussi saisissant. On apprend ce qu’ont fait ces salopards avant de commettre les faits, on entend des récits de survivants, d’aidants, de policiers et autres…

Pourtant le documentaire se permet de sauter à pieds joints en gueulant sur la sensibilité du spectateur en diffusant des images qui n’avaient à mon sens pas leur place. Les images de l’intérieur du Bataclan ne sont pas montrées, et c’est fort heureux, mais on voit des corps recouverts, des images de caméra de surveillance à l’intérieur des bars (avec une séquence qui m’a fait bondir et me manger les phalanges, où l’on voit deux jeunes filles (?) visées à bout portant par un des enfoirés sur une terrasse, alors qu’elles sont en position fœtale, avant que l’arme s’enraye et qu’elles ne se relèvent et s’enfuient). On voit aussi la séquence avec un kamikaze qui se fait sauter, et qui bizarrement, m’a beaucoup surpris. Oui, c’est arrivé et il faut en parler mais non, cela n’a rien à fiche dans un documentaire, si poignant soit il ou devant il être.

Je pense que le climax de la soirée a été quand un jeune écossais résident à Paris parle avec son accent si cool de ce jeune homme qu’il a tenté de garder éveillé alors qu’il était criblé de balles et étendu à même le bitume. Fort comme un roc il a tout tenté en attendant que les pompiers arrivent. « Votre famille, vos amis tiennent à vous », mais cela n’a pas suffit. Il a même l’incroyable franchise de dire « Les pompiers sont là, je gêne plus qu’autre chose je m’en vais ». Une fois un peu éloigné, il se prend le contrecoup émotionnel de son acte et s’effondre en larmes. Ce brave gaillard qui pourrait être pote et mettre un sourire sur le visage de n’importe qui m’a clairement ému comme jamais.

Il y a aussi des moments tout aussi héroïques, comme ce policier qui est entré avec son coéquipier et qui a touché d’une balle un des fanatiques alors qu’il tenait en joue un otage ou comme celui où un des membres des forces spéciales, qui venaient de déglinguer les deux trous de balle séquestrant des otages au premier étage du Bataclan, a pris sa cagoule et en a recouvert le visage d’un tout petit garçon en lui disant « Bonhomme, toi tu as pas besoin de voir ça ». Mon estomac est alors descendu de quelques crans. Parce que je les imagine, avec cet enfant, sortir de la pièce, descendre l’escalier et faire face au rez de chaussée, à des horreurs tellement absurdes, qu’elles n’auraient jamais dû se produire. « On voyait des téléphones par terre qui sonnaient, c’était marqué « Papa » dessus ». Oh mon dieu.

Ce documentaire à un moment m’a perdu. Je suis allé vagabonder dans la méridienne de mon canapé pour y dénicher des petits gâteaux. Des palmiers. Les entendre croustiller m’a vraiment fait du bien. Je suis sorti de ça un petit moment, avant de voir Abdeslam se prendre une balle en pleine jambe par les forces spéciales belges. Ce qui m’a évidemment pas du tout attristé. Mais ce qui contredit donc toutes les versions journalistiques dépeignant le corniaud en mec hyper sûr de lui s’était pointé devant la Police en arguant « Oui, c’est moi ».

J’ai aussi surveillé les hashtags de Twitter. Autant évidemment dans ma TL (ma Timeline, mon journal de tweets), c’était calme plat, car beaucoup avaient zappé ailleurs – et je les comprends – autant sur le hashtag de l’émission c’était vraiment fort. Quelques jeunes filles étaient aux anges de voir « le beau salah » mais la majorité des réactions étaient empreintes d’une forte émotion.

Le reste de la soirée avec « Enquête Exclusive » était un peu plus longue. Voir deux trois clampins agiter leurs deux neurones et demi pour dire que « la Shariah c’est la seule loi qu’il faut suivre, si ça vous plaît pas déménagez au Pôle Nord » et complètement stigmatiser le reste de la population de Molenbeek, qui dans le reportage est chaotiquement présentée car la maire, la bourgmestre, avoue « ne pas savoir qui habite ici », avec des arrivées clandestines quasiment quotidiennes.

Bref, est-ce que cette soirée et ces « nouvelles images » étaient nécessaires, et devaient être montrées, moins de six mois après les tragédies ? Bien évidemment que non. Il aurait été de bon ton de faire une soirée sur les Panama Papers (c’est la semaine prochaine d’ailleurs) ou de fêter les quinze ans du début de la télé réalité histoire de nager dans le silicone et le vide de boîte crânienne, ça aurait été plus agréable.

Je sais aussi que l’on va se manger une pelletée affolante d’images et de témoignages au premier « anniversaire » des attaques. Grand bien en fasse aux médias qui veulent peut être faire la course à l’audience. Mais pensez que derrière cela vous avez des millions de gens qui vont probablement déjà penser à ne pas faire la fête cette été pendant l’Euro de football, de peur d’être prises pour cible dans les « fanzones » aux coûts démentiels.

Vivez, dansez, riez, ne regardez pas des choses comme ça à la télé.

Numériquement vôtre

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Quand je rentre chez moi, je déverrouille mon portable, et envoie depuis celui-ci vers un petit appareil (un Chromecast, made in Google, qui sert de « cloud de diffusion » ma musique, tirée de « Google Play Music », un site d’écoute musicale rempli de dizaines de milliers de titres. Il m’arrive ensuite de m’affaler dans le canapé, de parler à ma télécommande pour allumer la télé et de me rendre compte que…il n’y a jamais plus rien à regarder à la télé.

C’est quasiment devenu problématique. Nous sommes comme entourés de pots de Nutella sans savoir dans lequel plonger innocemment nos petits doigts. Si je veux regarder la télé, en plus des programmes de base, passant lors de leur diffusion sur une pelletée de chaînes, je peux aussi accéder aux services VOD (vidéo à la demande) de mêmes chaînes, pour revoir des émissions ratées. Je peux aussi lancer Netflix, pour regarder des séries, films, documentaires, en nombre conséquents.

Mais ce n’est pas tout. Je peux aussi appuyer sur le bouton d’une manette pour accéder à ma collection Steam, un service de jeux stockés sur votre catalogue virtuel sur Internet, grâce au Steam Link, depuis ma télé. Et si vraiment rien de tout cela ne m’emballe, je peux aller sur YouTube, et visionner des milliers de vidéos, ou alors utiliser une liseuse pour tenir dans ma main tous les livres de Hugo ou Zola…

Loin de moi l’idée de me plaindre de tout cela. C’est symptomatique de notre société. Nous avons comme de petits soldats de la détente un tas de contenus, parce que nous sommes connectés et friands de « cette série » ou de « cet artiste ». On aime « binge watcher », c’est à dire s’enfourner une saison de série en quelques jours, faire des marathons de séries de films…

Quand je repars dans mon enfance, je constate que je n’aurais pas pu croire ni même imaginer cela. Non, à l’époque, quand j’étais allé voir « Le Roi Lion » au cinéma, j’avais attendu patiemment la vidéocassette pour pouvoir le regarder à nouveau. Quand une série passait, il fallait être abonné à la chaîne (qui pouvait être cryptée), et rester devant le poste (cathodique, pas de HD) parce qu’on ne pouvait pas appuyer sur pause pour figer l’image le temps d’aller refaire du pop corn ou faire pipi. On ne pouvait pas zapper les pubs, mais quand on est petits, on aime ça les pubs. Et surtout, on devait enregistrer, si on avait la volonté de les conserver, les épisodes, en calant bien comme il faut les enregistrements sur bande magnétique, pour éviter les superpositions et effets dégueulasses sur l’image.

Alors qu’aujourd’hui j’ai juste à faire glisser mon doigt sur mon smartphone pour afficher une saison entière de série sur mon écran plat. En ultra HD, avec possibilité de faire ce que je veux quand je veux. Pas de nécessité d’attendre une semaine que l’épisode arrive ou de devoir patienter pour autre chose non, tout est là.

Ce n’est pas forcément une bonne chose si vous n’avez pas été sujets à l’évolution des supports. Vous, la génération Y ou même Z (oui, je suis de la génération X), vous avez débarqué dans ce monde avec votre papa vous filmant en haute définition sur son Iphone. Pas sur une super 8. On vous filait un Ipad pour pas que vous n’hurliez pas en permanence. Vous avez eu votre smartphone à 10 ans (ou même avant, *soupiiiirr*). Vous êtes intolérant/e/s à l’attente, parce que tout doit se savoir tout de suite et tout doit vous parvenir de suite. Je le constate chaque jour. On est passé d’un instant de plaisir, de visionnage en famille, en petite boulimie maléfique où l’on doit le plus vite engloutir sa pitance numérique pour ne pas savoir par un autre qu’untel se fait dégommer par unautretel dans le season finale de votre série préférée.

Peut être que je vieillis, mais je pense qu’il va falloir s’arrêter à un moment. Je le ressens même moi même. Je suis des séries, je regarde des films, je lis et fais du sport, mais on se sent oppressé. Perso, pas tant par le nuage électronique que par le fait d’être submergé par les contenus. Quand Netflix me met des coups de coude malicieux en me disant « Eh ! T’as vu ! Tu pourrais apprécier aussi cette série ! Elle est similaire à tes goûts ! Allez, il n’y a que 120 épisodes… » Ou quand Google Play Music me dit malicieusement « Eh, regarde, c’est le soir, j’ai une super playlist de pop pour te détendre en lisant ». Tandis que la liseuse et la table de nuit sont pleines de bouquins en cours, à lire ou laissés pour plus tard. Et tiens, si je faisais un coup de gestion de ville virtuelle dans SimCity, voir si je peux encore développer ma ville ? Oh, une mise à jour sur un autre jeu. Oh, il est déjà minuit.

Quand je me présente dans une entreprise ou autre lieu recherchant du monde, je ne leur remet pas de CV papier, trop encombrant, à réimprimer en cas de changement, non, j’ai directement une copie à jour dans mon cloud perso, que j’envoie au/x responsable/s par l’intermédiaire de mon smartphone. C’est classe, pas fréquent et surtout ça évite les « pertes ».

« Vous êtes accros à vos téléphones vous les jeunes ! » Oui madame. Mais ils remplacent nos agendas, appareils photos, carnets, et bien d’autres. On pourrait manger sans utiliser du gaz, ou même tenir sans se laver un jour, on en a bien l’illustration olfactive dans les transports d’ailleurs, mais sans électricité on est complètement paumés. Plus de fibre, plus de jolis écrans colorés, nada ! Reste que je ne photographie pas – ou alors rarement – mon assiette ni ne fait de selfies. Je reste cohérent dans l’utilisation de mon smartphone. Et surtout contenu.

J’imagine aussi que vous êtes dans la même constatation que moi. A force de tout obtenir sans trop se fouler on risque d’y être sacrément habitués. On n’achète plus de CDs, rarement des DVD, et on se contente de naviguer les miches sur le canapé vers du divertissement facile. Reste à éviter de trop dériver vers les divertissements abrutissants et en profiter pour se « détendre utile ». A vous de voir ce qui vous convient le mieux !

Google, ce petit être dans ta poche.

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Dans le week end, dans un abandon à YouTube des plus erratiques, je suis tombé sur un numéro d’Envoyé Spécial, sur Google. Poussé par la curiosité de voir comment ce magazine allait traiter Google, je l’ai regardé. Envoyé Spécial c’est un peu comme un parent qui découvre quelque chose que ses enfants utilisent fréquemment. C’est déroutant, traité de manière bien généraliste et bien souvent toujours un peu de manière pince sans rire. Je me souviens de leur reportage sur Facebook, qui le faisait passer pour l’antre du mal. J’avais hâte de voir Google passer au crible de leur analyse.

Et effectivement, même si le sujet était rondement mené, on ne passe pas à côté des poncifs du genre. Oui, si tu as fait des photos dénudées dans ta jeunesse, le site va forcément te le rappeler quand quelqu’un va taper ton nom dans le moteur de recherche (comme un employeur…), oui, Google c’est un monstre qui dans pas longtemps va peser très lourd dans nos vies…mais ça m’a aussi permis de replonger dans ce qui à l’époque, m’avait fait frissonner.

Je suis pro-Android. J’estime que c’est la meilleure façon d’avoir un smartphone pratique et sympa. J’estime qu’on n’a pas à claquer de l’argent pour un téléphone qui va copier l’année d’après et encore par la suite les idées d’Android. Et aussi, cela permet entre autres de tenir un jour et demi avec un écran de bonne facture contre une autonomie désastreuse et une batterie inamovible (ce qui est aussi le cas sur certains Android ohlalala soyez pas comme ça !)…

Comme tous les possesseurs de téléphone Android, j’utilise les outils Google. Youtube, Gmail, Google Agenda, et d’autres. C’est bien, c’est pratique, tout forme un lot et tu peux même te programmer ta petite journée. Sauf qu’un jour, il n’y a pas si longtemps c’est devenu flippant.

J’ai reçu un mail de confirmation pour un billet de train. Google m’a directement programmé mon voyage, donné la météo. Sans rien demander. Quand je lui demande quelque chose, il sait très bien quoi me répondre car il me connaît. Il sait où j’habite, sait où je vais le plus souvent et par où. Il connaît mes tronçons de transports en commun les plus usités et vers quelle heure je les prends. J’ai pu constater cela grâce à un outil même pas caché dans Google, qui me dit « Eh, tu es sorti 1 h 45, tu as fait tant de trajet à pied, tant en tram et tant en bus. Tu as visité la Fnac et même ce supermarché. N’oublie pas de prendre ton parapluie, il risque de pleuvoir. Mets bien ton écharpe fais froid dehors bisous mon chou ». Bon, il y a une partie d’inventée mais c’est globalement cela.

Quand je prends une photo, elle est taguée, localisée et incluse dans un album préconçu. On vous mâche le travail pour vos « souvenirs » mais en fait vous vous faites géolocaliser. Pas de soucis pour la plupart d’entre nous, qui allons pester contre les écoutes mais qui aimons tant nous taguer « au Starbucks » pour faire cool. C’est la même chose.

Personnellement, que Google me connaisse jusqu’à mon fondement, cela ne me dérange pas. Oui, j’ai regardé les tables basses sur ce site marchand. Oui, j’ai marché huit kilomètres ce jour, et ai pris la place de la comédie en photo. Mais bon, qui ça peut choquer ? Mon nom de famille est assez commun, et mes alias sont peu identifiables. J’ai retiré toutes les photos compromettantes de Googles photos et autres, par rapport à l’identification de mon domicile, et de toutes façons…

Je pense qu’une utilisation raisonnée et intelligente de Google n’est pas néfaste. Je babysitte chez des parents, qui de leur propre aveu « n’y connaissent pas grand chose » à l’informatique, mais « ont entendu parler de ». Ils boycottent Google comme la peste, mais tartinent leur Facebook avec des photos de leurs enfants. C’est pour moi encore pire. Car Facebook, même si les gens l’abandonnent de plus en plus, reste un ogre encore plus sombre et à mon avis malfaisant.

Si vous êtes amateurs de courses de nains en poncho ou fan vraiment très poussé de Julien Lepers, oui, c’est problématique. Mais si vous menez une vie normale, alors respirez. Google est de toutes façons tellement implanté dans nos vies, que faire machine arrière serait inutile. Oui j’apprécie de régler mon réveil, de lancer des alertes géolocalisées, et de savoir en passant devant un cinéma quels sont les films diffusés. Un petit confort moderne qui ne me dérange pas plus outre mesure. J’avoue que quand je fais des pâtes je dis « OK Google, compte à rebours dix minutes » plutôt que de chercher la minuterie sur mon plan de travail. Les voisins doivent se dire que je suis taré mais ils sont habitués maintenant. Je préfère m’inquiéter sur d’autres domaines. Dans vingt, ou cinquante ans, on sera tous pucés, pour l’identité, le téléphone et autres (par où insèrerons nous la carte SIM ? Bonne question). Donc à ce moment là il sera temps de se dire « oh on est fichés ». Vous ne voulez pas de ce système ? Lâchez tout. Télé, téléphone, ordinateur, cartes de crédit, de transport…et vous verrez ce que ça fait d’être isolé/e dans un monde moderne qui même si il vous pousse légèrement dans son sens de fonctionnement, n’est pas si méchant que ça finalement.

Le retour d’X Files : la vérité…aurait pu être meilleure.

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Vous auriez dû voir ma trombine, devant mon écran LED, quand j’ai vu que la chaîne M6 allait diffuser la 10 ème saison d’X Files. J’étais en train de boire un verre d’eau et me suis étouffé à moitié. J’étais au courant de la production de cette « saison » (6 épisodes c’est presque une insulte d’appeler ça une saison), mais la voir arriver si vite en France ça a été une bonne chose. Le jour du lancement en prime time des deux premiers épisodes, j’avais préparé les pop corn, volets fermés, lumières éteintes, et j’étais excité comme un petit garçon.

Parce qu’X Files c’est un peu un virus, ce monstre de la télé sériesque, était très apprécié par ma mère à l’époque. Moi, étant trop petit (série diffusée de 1993 à 2002), je me contentais de quelques scènes, au départ de la série, avant de petit à petit m’y intéresser de plus en plus. Cette série suit les enquêtes de deux agents spéciaux du FBI, Dana Scully (Gillian Anderson), brillante scientifique très terre à terre, et Fox Mulder (David Duchovny), brillant enquêteur qui ne se penche que sur ce que le FBI appelle les « dossiers classés ». En gros, ces activités sont liées à des affaires « en marge » de la marche globale du FBI. Des dossiers plutôt paranormaux, et aussi un brin liés à la science fiction. Ce qui lui vaut d’être au sous sol du bâtiment fédéral, dans un bureau où trône un poster « I want to belive » désormais mythique.

Cette série fera à jamais vibrer la corde sensible de ceux ayant regardé la trilogie du samedi d’M6, ceux qui maintenant presque trentenaires, ont vraiment flippé étant plus jeunes devant Tooms, l’homme qui se faufilait dans les conduits d’aérations pour commettre ses meurtres, avec ses yeux jaunes, devant la famille incestueuse de l’épisode « La meute », et j’en passe…

On sait que le lancement d’une nouvelle floppée d’épisodes,  plus de dix ans après, peut être aussi suicidaire que prélude à un génial « revival ». Car c’est la mode les revivals. Ca rapporte un paquet d’argent sans avoir besoin de trop se mouiller, car le matériel original est déjà présent, et il y a souvent une pub qui se crée assez vite grâce aux réseaux sociaux.

C’est donc très curieux que j’ai regardé les premiers épisodes de cette nouvelle saison. Et globalement, je m’attendais à bien pire. Le générique si terrifiant était toujours là, les acteurs étaient à l’aise dans leurs rôles. Ca tournait pas mal, et oui, j’ai eu un petit cri de vierge effarouchée quand un des méchants, une des icônes de la série est apparu à la fin de l’épisode. Mais six épisodes ça allait être trop rapide. Je le savais, et comme toutes les séries modernes, le côté « mythologie » ou histoire de fond, puzzle scénaristique généralement découpé en arcs narratifs, était bien vite oubliée (elle n’apparaît qu’en début et fin de saison) pour laisser place aux épisodes « one shot » ou plus communément appelés « monster of the week » (le monstre de la semaine) basé sur une affaire/créature à suivre. Mais encore, là, j’étais habitué. Supernatural le fait aussi, par exemple. On est un peu déçus mais bon, c’est comme une mousse au chocolat pas assez mousseuse, ça reste du chocolat et on est content de la manger.

Non, le pire, à mes yeux, ce qui rend la série presque indigne de son rang de monstre sacré, c’est d’avoir bien changé son ambiance, et les ressentis qu’elle communique. Bien moins sombre, bien moins glauque, ici tout est moderne, en HD, la luminosité est trop présente, les couleurs aussi. Et même M6 se permet de flouter des choses, pourtant bien peu choquantes, on voit pire aux infos.

La palme des WTF revient aux épisodes 3 et 5 de la « saison ». Dans le 3 ème épisode, « Rencontre d’un drôle de type », on assiste globalement à un délire scénaristique certes typique de la série (il y en a eu d’autres), où Mulder rencontre un antagoniste qui n’en est pas forcément un (je spoile le moins possible vous en faites pas). Mais ici, on a l’impression de voir à quoi pourrait ressembler un reboot de Buffy contre les vampires. Pas un épisode d’X Files. Même David Duchovny a parfois l’impression de se dire « mais qu’est-ce que je fous là moi ». Dans l’épisode 5 « Babylon », on a le droit à une vive critique des musulmans, qui dans l’épisode ne viennent que pour se faire sauter dans un lieu public, prier et crier avec des ceintures d’explosifs. Les scénaristes ont dû avoir peur d’être traités de républicains car ils ont ajouté une petite phrase au perso de Scully pour timidement dire « tous les musulmans ne sont pas extrémistes ». S’en suit une histoire invraisemblable où Mulder veut parler au terroriste salement amoché aux portes de la mort. L’épisode ne vaut que pour l’introduction d’un jeune duo d’agents, qui rappellent fortement Mulder et Scully.

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Le reste de la saison est plutôt réussi en terme d’ambiance, avec un monstre qui se cache dans les peintures (un genre de Tulpa), et qui a sa propre manière de transformer façon puzzle des gens pas très gentils, un jeune qui communique et peut tuer en vrillant le cerveau… On regrettera la fin cash/grande ouverte de la saison qui tient plus du cliffangher putassier que du clin d’œil « t’as vu on va probablement faire une saison 11 lol ». Une fin aussi ouverte (alors qu’on aurait même pu attendre l’apparition d’une page de pub tant rien n’était un tant soit peu bouclé) est vraiment soit une fainéantise éhontée soit une énième tentative de petit délire allez on mélange tout dans un chapeau et on tire des ti papiers pour savoir comment on va finir la saison.

Honnêtement, je souhaite une saison 11. Mais à condition qu’elle soit réfléchie, de 12 épisodes au moins, et qu’elle soit vraiment faite à la manière des « anciennes ». C’est X Files, pas Walibi, on est pas là pour rire, mais pour frissonner. Si c’est pour envoyer des wagons de fan service et de clins d’œil appuyés juste pour faire plaisir ce n’est même pas la peine et on rangera alors cette saison 10 dans le placard de l’oubli télévisuel avec la saison 9 de Scrubs. Je sais, cette comparaison est violente mais c’est la plus illustrée que j’ai pu trouver.

Une chose me chiffonne aussi, même si elle est habituelle dans les nouvelles générations, c’est ce potentiel qu’a une grande partie des téléspectateurs, à critiquer sans connaître. Des jeunes de 15 à 18 ans, ou un peu plus vieux, qui tweetent, qui râlent, et qui semblent apporter leur avis intransigeant sur ce qu’ils voient. Non, cette scène n’est pas « nulle ». Elle fait juste référence aux saisons précédentes que tu as loupé. Non tu n’as pas à hurler et à taper du pied parce que Mulder et Scully ne se galochent pas à longueur de temps, ils ont certes un passé commun mais ce n’est pas une raison, en tant qu’amis, à passer leur temps à se taquiner la glotte. Ceci est assez usant de voir comme dans chaque série qui reboote ou qui reçoit la bénédiction d’un network pour quelques épisodes de plus, de voir des gens s’accaparer un univers comme si ils le connaissaient en long en large et en travers. On est une base de fans, on s’aime bien, on délire ensemble si tu veux mais ne viens pas parce que « mon refré ma di cété tro dar xfiles » ou ne sort pas « sé pa normal kil fasse sa ».

Pour conclure, même si cette saison 10 pourrait être qualifiée de série juste au dessus de la moyenne, mais à un poil de fesse d’alien (ont il les fesses velues d’ailleurs ?), elle reste une belle vitrine de ce que l’on peut maintenant faire avec des effets spéciaux et de belles caméras. Ca ne nous rendra pas les masques de caoutchouc ni les vieilles ambiances avec le grain de l’image argentique mais il faut évoluer. Pourquoi ne pas se dire que c’est un tremplin pour une saison 11 qui va dépoter ? Allez, « I want to believe » moi aussi.

La page la plus noire de mon existence

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Je sais que ce n’est jamais facile de se confier. De s’exposer, de révéler quelque sentiment ou ressenti que ce soit. Pourtant je vais me livrer à vous. Peut être est-ce un exercice que vous n’allez pas apprécier, peut être qu’au contraire vous allez être touchés. On verra bien, mais c’était important pour moi.

Comme vous le saviez si vous me suivez sur les réseaux sociaux, ou si vous me connaissez en vrai, ces dernières années n’ont pas été les plus rigolotes de mon existence. Pour celles et ceux qui prennent l’aventure en route, j’ai perdu ma mère en 2011 et mon père en 2013, de cancers. Ca fait donc grosso modo 5 ans que je vis avec ces situations qui ont changé ma vie du tout au tout. J’ai plombé mes études et mon avenir à cause des répercussions que cela a entraîné chez moi, et d’autres…

Pour vous situer le truc, mes parents étaient aussi bien mes parents (logiques) que globalement des conseillers, des meilleurs amis, des confidents et des personnes qui étaient tout pour moi. Les perdre a été tout d’abord surprenant, mais aussi excessivement douloureux, car outre la phase de choc, de douleur, j’avais vraiment l’impression de perdre pied. Un peu comme quand on se balade près d’une piscine et que l’un de nos pieds ne reste pas sur le bord mais tombe dans le bassin, nous entraînant avec.

Etant quelqu’un de très sensible, cela m’a forcé à avancer, à changer, chose que j’ai, d’après quelques personnes, plutôt bien effectué. J’ai fait du sport, pris confiance en moi et je ne prends plus la vie de la même manière. A tel point que les personnes qui me rencontrent aujourd’hui sont (agréablement) surprises. C’est une bonne chose mais c’est aussi un bénéfice pour moi car il y a eu des moments bien plus durs à traverser.

Fin juin 2013. J’emménage avec les affaires de mon père (les miennes sont au garde meuble) dans ce qui aurait dû être son nouvel appartement (j’y suis toujours aujourd’hui). Je ne me sens pas bien, car à ce moment, mon père a eu un grave malaise dû à sa maladie, et a été récupéré quasi miraculeusement (vu son âge et l’avancée de sa maladie) par les réanimateurs de l’hôpital. Je suis donc spectateur de son état, lui si robuste, qui est maintenant intubé (un tube dans sa gorge l’aide à respirer) et qui est sondé, et complètement dans les vapes. Chaque jour je vais le voir et j’ai même de plus en plus d’appréhension de le toucher, tant je commence à craindre que cela puisse le faire décliner encore plus. Mes connaissances médicales me font malheureusement craindre logiquement le pire, je pense que c’est ce qu’il y a de plus horrible.

Je passe mon anniversaire un midi de juillet au Quick à Bordeaux, devant mon plateau. Je prends une photo pour marquer l’évènement, comme un idiot, et en mangeant j’ai des larmes au creux des yeux. Le soir je vais pour rejoindre une amie de mon ex formation, et j’entends en passant dans une rue une assemblée de copain chanter « Joyeux anniversaire » à un ou une ami/e dans un appart que j’imagine bondé de monde. Et je suis seul dans la rue noire, à regarder mes baskets.

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Un peu plus tard, vers la fin du mois, mon papa est dans un autre service. Il va « mieux » si on peut dire ainsi. Son médecin est pas rassurant, tant il aime employer l’expression « on va droit dans l’mur ». Finesse si tu nous tiens. Je sais, je sens que c’est « pour bientôt » et je ne sais pas si ça va m’être possible de résister cette fois.

Et vient alors le matin où je suis réveillé par le téléphone. J’avais appris la mort de ma mère par téléphone, j’apprends celle de mon père par ce même moyen de communication. Je suis en chaussons et en slip dans le salon. Ma vie est alors pour moi aussi fine que du papier toilette de marque économique. Je suis tellement tétanisé que je me suis écroulé dans la douche, tant je ne tenais pas sur mes jambes.

Je suis soutenu par des amis de la famille. Je prends un CDD dans la librairie phare de Bordeaux. J’expulse tout ce que je peux. Mais le soir, quand je rentre chez « lui » je suis complètement merdique. Je jette dans les toilettes l’intégralité des médicaments disponibles dans les lieux car une nuit, comme toutes les nuits où je fixais le plafond, une voix intérieure m’a dit de les prendre. Une idée stupide. Mais j’en avais marre. A quoi ça servait de me battre ? Pour régler des successions ? Pour sourire la journée alors que j’étais aussi bordélique à l’intérieur qu’une chambre d’ado ? Non, j’ai tenu, mais c’était limite. A chaque fois que je voyais la ligne jaune approcher, j’allais dehors. Toujours au même endroit. Je regardais les gens passer, avec mes cernes de plusieurs centimètres, et je me forçais à me rappeler que j’étais une fierté pour mes parents. C’est ce que ma mère disait en tout cas, à ses amis avant de mourir. Alors je me suis dit, quand on rend les gens fiers, on doit leur faire honneur, et pas se comporter comme je le fais.

Vers la fin de l’année, il m’arrive enfin de très bonnes choses. L’appart se vide des affaires de mon père, non pas que je voulais alors m’en débarrasser mais parce qu’il fallait avancer. Je retrouve les miennes. Rien que de retrouver mon ordinateur, mon lit et mes bouquins me met en joie. Je tente de me réaménager un petit chez moi, et j’ai même mon réfrigérateur. J’ai presque serré dans mes bras le livreur de Darty ce jour là.

Et surtout, toujours dans cette période, j’ai rencontré une personne. LA personne qui pour moi m’a permis de rebondir et qui a été merveilleuse avec moi. Je pense que sans elle je n’aurais pas pu tenir le cap. Elle se reconnaîtra mais je lui dois énormément, et j’espère qu’elle a conscience de ce qu’elle a été et est toujours pour moi, même avec le temps qui passe.

Les années qui ont passé ont été très compliquées. Entre les idiot/e/s me sortant des « oh, encore vivant ? On croyait que tu te serais foutu en l’air ! », les administrations, et le reste, je n’étais pas très bien. Pendant deux ans, je n’avais personne dans ma vie, je faisais des petits boulots, et je n’étais pas dans un environnement plaisant. J’ai pu me laisser couler quelques fois. Il y a encore des traces aujourd’hui, qui subsistent. Je ne sais pas si elles s’en iront un jour. Mais je tente de rester le même que celui que je suis devenu.

Aujourd’hui je ne suis plus ce personnage dépeint dans les sitcoms et téléfilms américains qui passent quand tu fais la sieste. Les mêmes programmes entrecoupés de pubs sur l’incontinence après 50 ans et sur les monte escaliers automatiques. Le genre de mec normal d’apparence, le bon voisin dans le quartier, toujours prêt à rendre service, qui présente bien. Et aussi ce même gars qui en fait a des fêlures. Celui qui est filmé en contre plongée alors qu’il se tient la tête avec des flashbacks.

Je suis allé voir des psychologues, des médecins, de toutes expériences, toutes et tous m’ont dit que globalement « il y a pire dans la vie, faut se remuer ». Ca doit être le même genre de personnes tellement logiques, qu’elles tirent quand c’est écrit « poussez » sur une porte. J’ai tenté de rencontrer des gens, d’avoir une relation de couple. Ca n’a pas marché. Je reste ce petit chaton mignon et attendrissant mais dont on se méfie car dans quelques mois il aura grandi et il va gratter les rideaux. Alors que c’est pas le cas (j’ai même pas de rideaux).

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Parfois oui, je me rends compte que je dérive. J’ai développé des petites manies. Des choses simples mais étranges comme avoir des carnets chez moi, des blocs, pour noter des choses. Je déplace mes meubles, pour changer mon intérieur, l’affiner, le simplifier. J’ai accentué ma sympathie envers les tâches ménagères et l’hygiène en général. Parce que c’est pour moi important, déstressant, et même amusant. Et je reste cet homme qui préfère lire un bon bouquin et/ou regarder la télé et/ou écouter de la musique en mangeant son petit plat, alors que le voisinage boit, copule et hurle. On me trouve en décalage mais je m’en fous pas mal.

Je m’en fous pas mal parce que je suis rempli de ce que justement mes parents m’ont inculqué, des valeurs qui je pense m’ont construit, certes différemment que les autres personnes, mais qui m’ont aussi beaucoup appris.

Aujourd’hui que je suis plus ou moins, pas encore tout à fait, sorti de ce maelstrom d’émotions et de démarches en tout genre, je tenais à dire aux personnes qui y sont encore de pas lâcher. De pas maudire sa vie au point de vouloir la terminer. De se battre, de ne pas se laisser isoler. De ne pas se dire que ça n’ira jamais mieux, mais au contraire que demain sera un autre jour. Et ne pas se dire « je vais pas aller consulter je suis pas taré/e ». Allez consulter. Profitez de spécialistes. Bon, tous ne sont pas bien formés et comme moi vous enverrons peut être paître mais ne restez pas seul/e à manger dans le noir. Et croyez en vous. Parce qu’en face tout le monde vous tapotera peut être le dos, mais personne ne comprendra votre douleur (ce qui est normal vu qu’elle est très personnelle) donc vous serez aussi le point central de votre « guérison ».

Ce que je voudrais pour l’avenir c’est une femme avec qui construire une famille, un travail pérenne et une vie heureuse et épanouie. Le reste je m’en fiche, je veux le laisser derrière. Souhaitez moi « Bonne chance ».

La Saint Vent-lentin

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Oh, mais c’est le 14 février. Le jour qui délimite selon vos croyances la qualification de « fête commerciale » ou de « fête des amoureux » de ce grand mic mac rose et sucré.

Entre deux pubs pour des marchands de fleurs ou autres petites attentions, il y a aussi le moment où, seul depuis un peu plus de deux ans, je portais plus d’attention à faire mon sport que sur cette date. Cependant, dans un but avant tout social, je me suis penché sur cette date, qui peut vouloir dire beaucoup pour vous, malgré tout.

Cela m’a toujours épaté, que l’on résume à une date, l’amour que l’on porte à une personne. Ca ne semble faire tiquer personne mais pourtant, l’amour c’est au quotidien que ca se prodigue, et pas « parce qu’on doit le faire le 14 février ». Vous l’aurez compris je range cette fête dans le sac des fêtes commerciales, directement. Parce que ce n’est pas en bourrant d’attentions la journée de votre moitié que vous allez être exempté ou « tranquille » (comme j’ai pu l’entendre) pour la semaine ou plus.

Après je pense que c’est une « célébration » cruelle. Pour ceux étant célibataires tout d’abord. Ceux qui ont une vie sentimentale aussi pitoyable que le palmarès des Victoires de la musique. Oui, je vois, et surtout je sens cette pression sociale qui pèse sur moi. Ouuuuh il n’est pas en couple…ouuuuh il ne part part en week end en amoureuuux, ouuuuh il n’a pas quelqu’un qui l’attend chez lui le soir…et je vous dis flûte déjà. C’est assez désespérant de se rendre compte que oui, on ne peut pas penser enfants quand on est seul, on ne peut pas mitonner quelque chose de bon sans se dire « ah merde attention aux quantités sinon j’en ai pour plusieurs jours », on peut pas se blottir dans les bras de quelqu’un. Mais pourtant, pour bien nous stigmatiser, on appuie sur la zone qui picote, on nous balance des couples qui se bisoutent, des pubs en famille, des enfants qui babillent avec leurs parents amourachés.

Ma famille est clairement clairsemée et je suis seul. C’est vous dire si quand une pub passe je regarde niaisement ma montre ou quand un couple s’aspire les amygdales dans le tram je contemple le paysage qui défile. Encore plus difficile quand j’entends tout autour de chez moi ce que je préférerais être une symphonie de meubles bougés, alors qu’il s’agit de personnes en pleine mêlée charnelle très très enjouée.

Alors oui être célibataire c’est parfois « cool » et on peut s’y « habituer ». Mais je me sens seul. Horriblement seul. Ce n’est pas la société qui gagne, non. C’est juste un ressenti personnel.

Tout le monde semble être d’accord sur un point : « Je suis gentil, je vais forcément trouver quelqu’un, une chanceuse ». Cette phrase me hante encore plus que le « Il ne faut pas être gentil (avec les patients) il faut être professionnel » que l’on m’avait lancé entre la poire et le fromage dans mon ancienne formation. Non, en deux ans, je n’ai trouvé personne. Non pas parce que personne ne désirait partager ma vie, mais parce que personne ne souhaitait la partager comme je le voulais. Il existe une multitude de personnes qui soit parce qu’elles me trouvaient « pas top top » (chacun ses goûts), ou parce qu’elles « ne cherchaient rien de sérieux » voulaient juste de la compagnie pour une nuit. Chose que j’ai toujours refusé, n’étant pas branché là dessus.

Non ce que je recherche c’est ce que des milliers de gens n’ont aucune difficulté à trouver. Une personne qui accepte quelqu’un certes de gentil, mais aussi courtois, galant et qui aime faire plaisir. Alors oui, on ma dit que je faisais « peur », qu’il fallait « faire bad boy ». Mais je m’en fous, je reste sur mes valeurs et mes principes.

Le pire c’est que l’on s’habitue, en quelque sorte, à n’avoir personne dans sa vie. On se dit « bon c’est pas bien grave ça viendra en temps voulu » (notez ma naïveté intacte même après deux ans), et pam. On croise les voisins tout sourires, bras dessus bras dessous, qui partent « dîner en ville » entre deux éclats de rire. Et là derrière le sourire de façade, tout s’écroule comme un château de cartes, vous laissant avec vos clés dans la main, une douce fragrance de parfum à eux flottant dans l’air et votre intérieur qui vous accueille dans l’obscurité.

Alors même si cette fête est commerciale à mort, prenez soin de votre chéri/e. Mais gardez bien à l’esprit que la personne qui partage votre vie et votre cœur, doit être choyé/e chaque jour. Ne prenez pas ça à la légère. Et dites vous que vous avez de la chance. Beaucoup de chance.